Lucie Chataigné Pouteyo

Philosophie des sciences humaines : le problème de la naturalisation du jugement judiciaire

Comment en philosophie du droit, renouer avec un discours sur les pratiques effectives des agents du droit, et ne pas cantonner la philosophie à un discours général, que seuls lisent les philosophes et qui conduit souvent les juristes à se fabriquer leur propre théorie du droit  ? Trop souvent les rôles se répartissent ainsi : aux juristes la réflexion sur les pratiques, aux philosophes celle sur le concept abstrait de droit, de loi, de juste. Si l'on s'intéresse en particulier à la pratique des juges, et que l'on prend au sérieux l'exigence du réalisme juridique américain – notamment incarné par K.N. Llewellyn (1893-1962) – de rendre compte de ce que font réellement les juges lorsqu'ils rendent une décision, et non de ce qu'ils devraient ou disent faire, encore faut-il savoir vers quel modèle explicatif se tourner. Comment y intégrer les savoirs extra-juridiques (psychologique, sociologique, ...) qui entrent en jeu dans la prise de décision judiciaire, sans faire d'un jugement soit un acte entièrement arbitraire et chaque fois unique, soit un acte entièrement prévisible ? La discussion s'oriente alors sur la question de savoir si l'on peut rendre compte de la décision judiciaire selon un modèle d'explication causaliste inspiré d'Hempel, issu des sciences naturelles, et impliquant alors la possible naturalisation de la décision judiciaire, ou si, et c'est ce que je défends, on ne peut pas aussi trouver dans le modèle d'explication intentionaliste de la philosophie analytique de l'action de bons outils pour en rendre compte. Il s'agit alors, à l'aune de notre questionnement sur le droit, de revisiter et de transporter dans un autre lieu le débat philosophique classique des causes et des raisons, et d'en montrer l'actualité tant pour la philosophie que pour la théorie du droit : une naturalisation de la prise de décision judiciaire, et partant, de la théorie du droit, est-elle possible ? Et si oui, est-elle souhaitable ? Quel éclairage permet cette excursion dans le droit pour repenser les rapports entre sciences de la nature et sciences humaines ?

Travaux et publications

 
  • Traduction(s)
John Dewey, L'influence de Darwin et autres essais, traduction et présentation avec Claude Gautier, Stéphane Madelrieux, et Emmanuel Renault aux éditions Gallimard, à paraître.
 
  • Article(s)
« John Dewey (1859-1952) : Philosophie sociale, droit et éducation », in Eric Dufour, Franck Fischbach et Emmanuel Renault, Histoires et définitions de la philosophie sociale, Recherches sur la philosophie et le langage, Cahier n°28, Université Pierre Mendès France, Grenoble, 2012, p. 175-192.
 
  • Communication(s)
Mars 2013 : « Le formalisme juridique et sa mise en question par le réalisme américain », à la journée d'étude philosophie-droit « La forme », organisée par Jean-Pascale Deumier, Philippe Pierron et William Dross à l'université Lyon III.

Novembre 2011: « Norberto Bobbio et la question de la normativité du discours théorique sur le droit », au colloque inaugural « Normes et Discours » de la Maison des langues et de la culture dans le cadre du PRES de Lyon.

Octobre 2011 : « Philosophie du droit et théorie du droit : une interdisciplinarité conflictuelle ou constructive ? », à la journée d'étude « Pratiques et usages de l'interdisciplinarité en droit », organisée par Manon Altweg-Boussaac, Antoine Basset, Eleonora Bottini, Marie-Xavière Catto, Keziban Kilic, Jérémy Mercier, Guillaume Richard, Lionel Zevounou, au Centre de Théorie et Analyse du Droit de l'université Paris 10 Nanterre.

Décembre 2009
: « John Dewey (1859-1952) : Philosophie sociale, droit et éducation », au colloque « Histoires et définitions de la philosophie sociale », organisé par Eric Dufour, Franck Fischbach et Emmanuel Renault à l'université Pierre Mendès France de Grenoble.

Mis à jour le 27 janvier 2016